L'Habitat au Kenya

 

1) Généralités

     Le Kenya se trouve sur la ligne de l'Equateur qui passe à proximité du Mont Kenya, à environ 100 kilomètres au Nord de Nairobi. Pas étonnant donc que son climat soit tropical. Son climat est plus exactement de type tropical sec ce qui correspond assez bien à la savanne. Toutefois, le pays est relativement montagneux ce qui rajoute le froid aux exigences climatiques dans certaines régions. On peut distinguer quelques grandes régions climatiques. On a au Nord un climat de montagne, plutôt froid et surtout pluvieux (rappelez-vous le Sud de l'Ethiopie dans l'étude précédente). Viens ensuite la région autour du Mont Kenya réputée pour être la plus froide du pays. Entre Nairobi et la frontière tanzanienne s'étend la région des Highlands (1500 mètres d'altitude en moyenne) qui correpond à un climat humide et chaud six mois de l'année, sec et froid le reste. La région à l'Ouest à proximité du Lac Victoria et de l'Ouganda est plutôt chaude et sec, rappelant les régions désertiques. Enfin, la côte indienne correpond à un climat chaud, humide parfaitement tropical.

     L'architecture kenyane est de manière général très simple. On trouve trois grands types d'architecture. La maison à base circulaire avec un toit en chaume (qui existe aussi sous différentes tailles et différentes variantes), la maison masaï faite de terre, de bois et d'excréments animaliers et l'architecture coloniale. Ce qui est en revanche tout à fait intéressant au Kenya c'est qu'à chaque tribu correpond un type d'habitat. Pour une même région les matériaux sont approximativement les mêmes, mais la taille et l'architecture générale varient. L'influence coloniale constitue également un aspect très intéressant de l'habitat kenyan. Celle-ci se ressent surtout sur la côte où de nouvelles techniques (apportées à l'époque coloniale) particulièrement adaptées au climat furent adoptées par les populations locales..

     Mais l'aspect rudimentaire de l'architecture kenyane et la multitude de maisons n'ayant pas l'espace et le confort minimum ont poussé certaines entreprises et organisations à travailler sur des projets de réhabilitation ou de création d'habitations. J'ai rencontré une entreprise et deux organisations ayant des projets de longue date et travaillant dans ce sens. Lafarge (aussi appelé Bamburi Cement au Kenya) a développé un projet de "Low cost housing", permettant à un particulier de construire sa maison facilement pour un coût résonnable. ITDG (Intermediate Technology Development Group) a toujours eu comme politique de fournir un soutien aux personnes le désirant mais en conservant la manière de travailler des villageois. Leur apport a uniquement pour but de faire évoluer quelque chose d'existant. Depuis une dizaine d'année, l'organisation a développé la maison masaï avec les femmes (*) de quelques villages. Aujourd'hui ce projet, qui a compté plusieurs phases se développe de plus en plus. Enfin HFH (Habitat For Humanity International) est une organisation qui à la demande des villageois, apporte une partie des financements pour la construction d'une maison. Elle participe ensuite à la création du logement avec les futurs propriétaires. Ces trois exemples tendent à développer des projets permettant d'améliorer l'habitat traditionnel et les conditions de vie de ses habitants. Ils permettent également à des personnes à faibles revenues d'accéder à une propriété décente.

(*) : on peut noter que contrairement à nos cultures occidentales, ce sont les femmes qui travaillent. Ce sont elles qui s'occupent de la cuisine, du bricolage, de la construction des maisons et des dépendances, des enfants, des animaux, de la collecte d'eau et j'en passe. Dans la culture kenyane, c'est la femme qui travaille, l'homme assure la protection de la famille ainsi que les finances. Si la femme à pour devoir de travailler, l'homme à le droit de dormir toute la journée, si sa part de travail est assurée.

2) L'habitat Kenyan :

La maison à base circulaire avec un toit en chaume constitue le principal type d'architecture du pays. La maison ci-dessus, au Nord du Kenya présente des similitudes avec les constructions du Sud éthiopien.
Comme je vous le disais précédemment, l'architecture au Kenya varie suivant les tribus. La tribu des Mijikendas présent sur la côte indienne.

L'ossature est entièrement en bois recouverte comme vous pouvez le voir par un tapis de paille. La maison fait une dizaine de mètres en longueur et quelques quatre mètres en largeur. La paille tout comme les toits en chaume permettent une bonne ventilation intérieure tout en protégeant ses occupants de la pluie. Ce genre de maison se trouve de plus en plus difficilement compte tenu de son aspect rudimentaire.

Chaque famille vit en commun, au sein d'un même ensemble. A l'intérieur de cet ensemble, on retrouve plusieurs constructions ayant chacune un rôle bien défini.
Nous voici à présent chez les Embus, une tribu vivant aux alentours du Mont Kenya. Cette région très boisée et froide accueille plusieurs tribus.
Rien d'étonnant à retrouver à l'intérieur une construction principalement faite de bois.
Les Kikuyus sont également une tribu du Mont Kenya. Comme je vous le disais précédemment, chaque famille vit au sein d'un même ensemble. Il y a une maison pour la première femme, une maison pour la deuxième femme, une maison pour le mari, une maison pour les grands-parents et une maison pour le fils aîné dès lors qu'il se marie. La disposition des maisons les unes par rapport aux autres n'est pas non plus laissé au hasard. Par exemple le fils aîné à sa maison à l'entrée afin de protéger la famille.
Chez les Kikuyus, les maisons sont de tailles plus importantes que dans d'autres tribus.
Et l'intérieur est comme ailleurs entièrement fait de bois.
Les Taitas vivent au niveau du parc Tsavo, à mi-chemin entre Nairobi et Mombasa. Le bois est toujours présent, mais la paille est plus abondante.
Les Kisiis sont les habitants de la région du Sud-Ouest, à proximité de la frontière tanzanienne. Le bois est moins présent d'où la présence importante de terre pour la construction des murs.

Les Luos sont de l'Ouest, à proximité du Lac Victoria. Comme pour les Kisiis, le bois est moins présent et la terre plus importante dans la construction.
Voici la maison masaï, un autre grand type d'architecture, du Sud-Ouest du Kenya. Cette région chaude et plutôt désertique ne permet pas la construction en bois.
Les Masaïs étaient autrefois nomades. Leurs constructions étaient donc temporaires. De fait, elles sont petites, pas très confortables et doivent être partiellement reconstruites à chaque pluie.
Une première structure est faite de branchages, recouverte d'un mélange de terre et d'excréments animaliers (vaches généralement). Ce mélange permet une bonne isolation thermique et une bonne protection contre les moustiques.
En conséquence, la maison doit sans cesse être entretenue. C'est d'ailleurs entre autres pour ces raisons que la maison est basse, permettant plus facilement l'accès sur le toit.
J'ai rencontré d'autres types de structures, comme celui de la photo ci-contre. Une structure en bois que l'on remplie de pierre. Les murs sont généralement recouverts de terre.
Ce qu'il y a d'étonnant c'est que j'ai rencontré ce type de construction un peu partout dans le pays. Au Nord, sur la côte, ...
Les bois sont enchevêtrés et attachés entre eux par de la ficelle.
Sur la côte, un autre élément présente beaucoup d'intérêts, c'est la toiture. On rencontre plusieurs types de toitures, mais les plus simples, comme ci-contre, sont en réalité quatre panneaux désolidarisés permettant une aération générale.
L'influence coloniale sur la côte indienne se traduit surtout par les toitures. Ce toit par exemple permet l'évacuation de la chaleur par le toit, grâce à son "double chapeau".
Autre exemple de toiture en tôle cette fois-ci.
On rencontre également ce type de toit, symétrique, permettant donc un bon flux d'air.
Les aménagements sont divers et variés.
On mélange les différents types de toitures, comme ici avec un toit en "double chapeau" mais avec une ouverture symétrique en son sommet.
Sur la côte où les palmiers, babaniers et cocotiers sont omniprésents, les toits sont faits par des panneaux de palmes. Les branches passent autour d'un bois sur lequel elles sont attachées. Vo

Je vous présentais en première partie le travail de quelques entreprises et ONG. Voici donc le projet de Lafarge. Ils proposent trois types de maisons et de différentes tailles.

(Survolez la photo pour agrandir).

Voici un des projets de HFH (Habitat For Humanity International) qui propose également trois types de maisons, de différentes tailles. Le choix des matériaux est en revanche laissé à la famille (bois, pierre ou brique en général).
Dans tous les cas, ces différents projets permettent à une famille de passer de ce type de logement,
vers ce type de logement, à un coût résonnable et surtout abordable pour ces familles.
Autre exemple de changement : avant.
Après.
Si les plans et l'étude est fourni par les organisations (je pense au moins à HFH et ITDG), le travail se fait en collaboration avec la famille. Les briques, le ciment sont fabriqués sur place ou à proximité pour limiter les frais de transports.
Dans tous les projets, les éléments structurels sont de qualité, puisque l'objectif premier de ces projets est de construire des habitations durables.
Un paysage de campagne.



3) Quelques remarques complémentaires sur l'habitat traditionnel Kenyan :

     La pauvreté architecturale et le manque de confort de plusieurs modèles d'habitations s'ajoutant à la pauvreté de beaucoup de familles, ont permis le développement d'habitations dites durables, comme celles présentées auparavant. Toutefois, ne conservant que très peu d'éléments traditionnels, ils permettent certes de réhabiliter et de donner un certains confort à beaucoup de familles (chose loin d'être négligeable), mais accélère la perte des architectures traditionnelles. Il est en effet difficile pour une raison de temps, d'argent ou de durabilité de privilégier la toiture en chaume plutôt que la tôle, ou la terre plutôt que la brique.

     Pourtant l'organisation ITDG a réussit à créer un nouveau type de maison masaï, moderne, répondant aux attentes de ces occupants et conservant bons nombres d'éléments fondamentaux, le tout à un prix abordable. Il est par conséquent possible de trouver des compromis, alliant budget, confort, architecture et matériaux. Si un premier pas a permis la construction de maison apportant plus de confort, d'hygiène et de durabilité, à un plus grand nombre de personnes, le deuxième devrait aller dans le sens d'une amélioration esthétique pour ne pas totalement remplacer l'architecture traditionnelle des maisons.

 

 

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