L'Habitat dans l'Altiplano

 

1) Généralités

     L'Altiplano est un haut plateau de 4000 mètres d'altitude en moyenne situé sur la Cordillère des Andes. Cette chaîne de montagne, longue de plus de 6000 kilomètres, longe le Pacifique depuis la Colombie jusqu'au Sud du Chili. L'Altiplano, ancien territoire des Incas, se trouve à mi-chemin entre le Pérou et la Bolivie. Ce territoire est aride et balayé par les vents. Le taux de précipitations annuelles ne dépassent pas 500 mm par an et peu descendre en-dessous de 30 mm dans certaines régions. Le froid est également une donnée importante de son climat. Ainsi se caratérise le climat de l'Altiplano. Dès lors, les matériaux que l'on rencontre sont la terre, la pierre, des végétaux et un peu de bois. On retrouve les mêmes données que dans les pays arides tels que l'Egypte sauf que cette fois, il s'agit de lutter contre le froid.

     Sur l'Altiplano, l'habitat traditionnel est tout d'abord un habitat rural. Celui-ci est entouré d'un mur d'enceinte et comporte plusieurs dépendances. Ces dépendances servent pour la famille, les animaux et le matériel. Le bâtiment central abrite les parents, les bâtisses périphériques servent aux enfants (dans certains cas, les grands-parents) et pour le matériel. Les andins considèrent (comme le faisait les cambodgiens), qu'il y a plusieurs sphères d'intimité. La première, l'extérieur est la partie public. le mur d'enceinte cache la partie semi-public et enfin la maison est la partie privée. La cour (l'espace semi-public) permet de recevoir des invités aussi bien pour le travail que pour des moments de détente.

     En ville l'habitat andin est un mélange entre les techniques Incas et l'influence hispanique des conquistadors. On se rend compte que dans beaucoup de cas, la terre est toujours utilisée. Ce qui permet une bonne isolation étant donné les propriétés de ce matériau.

     Si la principale religion de ces indiens d'Amérique est le christianisme, il n'en demeure pas moins que les andins sont restés fidèles à leurs croyances Incas. Ces croyances et rites se retrouvent aussi dans la construction. Tout comme les Cambdogiens, les andins vont rythmés la construction d'une maison par des cérémonies et des prières. Ils vont bénir la terre, consulter les dieux pour qu'il les protège. Ils vont ensuite creuser un trou au pied du poteau central pour y déposer des fruits. C'est un don au dieu de la terre : "La Pachamama". Lorsque la première poutre eset posée, on y attache un sac rempli d'eau. C'est un don au dieu de l'eau : "La Mamacocha". Enfin, lorsque le toit est fini, une croix est mise sur le faîtage en reconnaissance du dieu "Illaticci", le dieu du feu et du ciel. Cette unité triple entre ces trois dieux et les éléments qu'ils induisent représente le monde chez les Incas.

 

2) L'habitat de l'Altiplano :

Le paysage rural dans l'Altiplano ressemble à celui-ci. Chaque famille a plusieurs bâtisses et les familles sont séparées de plusieurs mètres ou centaines de mètres.
L'espace familial se construit autour d'une cour intérieure, entourée d'un mur d'enceinte et de plusieurs dépendances. La maison centrale abrite les parents, les autres servent aux enfants et aux matériels.
Ici la maison principale est à deux niveaux. Cela est une évolution de la maison traditionnelle andine et permet d'abriter l'ensemble des membres de la famille.
Les maisons plus modestes ont moins de bâtisses et plus petites.
Le toit en chaume est la toiture traditionnelle par définition. Elle permet une bonne isolation thermique à un coût raisonnable.

Elle permet aussi d'assurer une bonne ventilation, comme on le voit sur la photo. La fumée s'évacue par le toit, ce qui est essentiel pour éviter les fumées toxiques dans la maison.
Les maisons dans les villages sont plus regroupées, mais la construction se fait toujours en terre avec des toits le plus souvent en tuiles ou en chaume.
La tuile mécanique ronde est le type de tuiles le plus répandu dans l'altiplano.
Au Sud de la Bolivie, les maisons ont un toit en terre, en simple pente ou double pentes. Il assure une bonne isolation vis-à-vis du froid, plus sévère dans cette région de l'Altiplano.
La terre repose sur un lit de bois qui repose sur des bois de taille plus importante. Le principe de construction est le même que pour les toitures terrasses rencontrées dans les pays arides chauds.
Même dans les villages ce type de toit existe.

En ville ou en campagne, les briques de terres que l'on appelle adobe forment les maisons. Elles sont le mélange d'eau, de pailles et de terres. Elles sont fabriquées sur place par les futurs propriétaires, aidés par des voisins et parfois un maçon.

(Survolez la photo).

En ville, les maisons ont subit l'influence hispanique. Elles sont en terre, avec un toit en tuiles et à étages.

Les toitures en tuiles surélevées par des murs en terre, se croisent et se mélangent.

Sur l'île de Taquile (sur le lac Titicaca), certains cabinés de toilettes sont construit selon les méthodes traditionnelles !

Sur le lac Titicaca justement, les îles de Los Uros sont un cas particulier de l'habitat andin.
Ces îles vieilles de plusieurs millénaires sont artificielles et construites en roseau. Au fur et à mesure, les roseaux du bas se désintègrent et il faut rajouter des roseaux sur le dessus de l'île pour en assurer le résistance.
Los Uros est de moins en moins habitée et sert essentiellement à accueillir les touristes.
Les habitations sont également en roseaux, attachés les uns avec les autres. Les panneaux ainsi construits sont joints pour créer les parois. Ces panneaux servent aussi pour la toiture.
Ces constructions servent plutôt à la préparation de la cuisine.
Dans l'Altiplano, l'habitat subit les évolutions comme dans le reste du monde. L'utilisation de la tôle plus coûteuse a l'inconvénient de mal isoler du froid et transforme le paysage et l'image de l'habitat traditionnel.
De plus en plus, les habitants construisent avec des matériaux mixtes : terre-béton-brique. La brique est plus chère et plus confortable. Par conséquent, lorsque les gens souhaitent agrandir leur maison initialement en terre, ils utilisent la brique. La seconde raison est le poids. En effet en construisant en terre et en brique on réduit le poids de la maison ce qui permet de construire sur des sols normalement non constructibles.
Comme dans tous les pays en voie de développement, l'expansion sauvage des villes existe. Dans l'Altiplano, l'expansion se fait sur les pentes des villes, sur des terrains difficiles d'accès et dans certains cas peut résistant. On assiste alors à des effondrements souvent dramatiques.
Toutefois, certaines évolutions sont bénéfiques. Les panneaux solaires se développent de plus en plus, en ville (sur les toits de immeubles), comme à la campagne.
Les panneaux solaires peuvent être individuels (comme ici sur les îles de Los Uros) ou collectifs.
Enfin, certains architectes ont su développer tout en utilisant des matériaux traditionnels, des techniques modernes. Ici par exemple pour la construction d'un hôtel, l'architecte n'a utilisé que le chaume, la terre et la pierre.
Il a en revanche utilisé des techniques inspirées du béton. Ici les murs en terre sont précontraints. C'est-à-dire que des câbles passent dans les murs et sont tendus grâce aux bois que l'on voit sur cette façade. Ils améliorent la résistance des murs aux séismes.
Sur cette photo, le mur construit est armé suivant le même procédé que pour le béton armé. Des tiges de roseaux sont coulées avec les briques. Ainsi, le mur au lieu de céder sous la pression d'un séisme va osciller.



3) Les problèmes et les tendances dans l'habitat traditionnel de l'Altiplano :

     L'habitat traditionnel andin, comme dans le reste du monde subit des mutations. Tout d'abord, l'accroissement des villes et des zones informelles est fort et se fait de manière anachique (voir le chapitre bidonvilles). ensuite, les matériaux telles que la brique ou la tôle se développent ce qui nuit à l'image traditionnelle de l'habitat et au confort thermique et phonique des maisons.

     Toutefois, la terre reste un matériau très utilisé et certains architectes l'utilisent comme matériau principal en y apportant des modifications. Celles-ci s'inspirent des techniques utilisées avec le béton, ce qui dans cette région sismique, assurent une meilleure résistance.

    Enfin, le fort taux d'ensoleillement permet l'utilisation de panneaux solaires. Ainsi, de nombreux logements et même immeubles utilisent cette source d'énergie pour l'électricité et le chauffage. Les panneaux se multiplient aussi bien en ville, réduisant ainsi le coût de l'électricité (relativement cher au Pérou et en Bolivie) qu'en campagne, où les installations ne sont pas toujours efficaces. On peut donc espérer qu'entre les évolutions des techniques alliant traditionnalisme et modernisme et l'utilisation des panneaux solaires, que les hauts plateaux de l'Altiplano se développent dans le bon sens, pour un meilleur confort et une bonne pérennité de l'habitat traditionnel.

 

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